Le nouveau Poutès

Le nouveau Poutès

Un fonctionnement réinventé

Le principe général du fonctionnement restera le même. L’aménagement permet de dériver les eaux de l’Allier jusqu’à l’usine de Monistrol d’Allier située 10 km en aval profitant ainsi de la différence d’altitude. L’eau transite vers l’usine au travers d’une galerie de 3,3 km de longueur  et de 3,5 m de diamètre creusée dans la montagne.

Mais compte tenu de la reconfiguration du site de Poutès, et notamment de la diminution importante de la retenue (de 17 m à moins de 5 m de hauteur d’eau), la prise d’eau et la galerie existante se trouve alors perchée au dessus du niveau de l’eau. Il a donc fallu imaginer un dispositif permettant de remonter l’eau afin d’alimenter la prise d’eau. Dans une première approche, il était prévu de construire une station de pompage qui permettait de remplir une petite chambre d’eau au niveau surélevé. Aujourd’hui le projet a évolué vers un tout autre système plus innovant et ne nécessitant pas l’utilisation d’énergie supplémentaire.

Le nouveau Poutès alimentera l’usine grâce à un dispositif constitué de trois siphons qui, reliés directement à la galerie, permettront de l’alimenter en continu sans consommer d’énergie. Ce système sera capable de dériver par siphonage l’eau de l’Allier jusqu’à 20 m3 d’eau par seconde. 

Une passe à poisson fonctionnelle quel que soit le débit

Lorsque le débit entrant de la rivière sera supérieur à la capacité de dérivation (20 m3/s), le débit d’eau supplémentaire sera évacué à l’aide des différents organes : passe de dévalaison, clapet de restitution ou par les clapets centraux.

Dans ces conditions, conserver la passe à poissons de montaison fonctionnelle malgré la courantologie complexe engendrée par l’utilisation des autres organes est une tache difficile. En effet, la nouvelle passe de montaison a pour vocation et ambition de fonctionner jusqu’à 70 m3/s, ce qui est un débit entrant très élevé pour ce type d’aménagement.

Pour en être sur, le fonctionnement est simulé et testé en laboratoire grâce au modèle physique du nouveau Poutès afin d’étudier la courantologie du site et de prévoir le fonctionnement optimum. En testant, par exemple, la répartition des débits entre les différents organes et leurs influences.

La restitution du débit réservé

Le débit réservé est la quantité d’eau laissée en permanence à l’aval de l’ouvrage afin de permettre le développement de la vie aquatique. Il sera modulé suivant les périodes de l’année entre 4 et 5 m3/s et sera donc délivré de manière différente en fonction.

En période de montaison des saumons, le débit réservé sera délivré de manière conjointe par la passe de montaison (1 m3/s) et par le clapet de restitution situé juste à coté. Le débit total important attirera les poissons vers la passe pour qu’ils l’empruntent.

En période de dévalaison des smolts, la passe de montaison délivrera toujours 1 m3/s et le reste par la passe de dévalaison située de l’autre côté, dans le prolongement de la prise d’eau. Le débit créé par l’action de la prise d’eau et de la passe orientera directement les poissons afin de maximiser l’efficacité de la passe.

Des clapets pour passer la crue

Lorsque le débit entrant sur l’aménagement est proche de 100 m3/s, on parle alors de crue qualifiée de morphogène, c'est-à-dire susceptible de transporter les matériaux (sable, gravier, galet) de la rivière. Les clapets centraux inversés seront alors ouverts afin de permettre le passage des sédiments et de rendre le nouveau Poutès en transparence complète.

Un modèle physique étudié en laboratoire

Afin d’affiner les détails techniques du projet et de valider sa conception, un modèle réduit d’envergure a été construit dans les laboratoires Recherches et Développement d’EDF Lab sur le site de Chatou en région parisienne. Ce modèle réduit à l’échelle 1/13ème a été construit dans un bassin de 10 m de large, 25 m de long et 1,5 m de haut. Ces 250 m² ont permis de reproduire le relief du site du nouveau Poutès : environ 170 m amont et 30 m aval ont été représentés. Grâce à cette modélisation physique, les équipes R&D peuvent simuler les écoulements d'eau jusqu'à un équivalent de 100 md'eau par seconde sur le site réel.

Le premier et principal but de ce modèle est d'étudier les lignes de courant et mouvements hydrauliques afin d'optimiser la position et la forme des équipements permettant la libre circulation des poissons. De manière plus large, le modèle permet aussi de dimensionner l’ouvrage global (position de la prise d’eau notamment).

L’objectif est de créer, par la position et la forme des aménagements, des courants forts que les poissons recherchent pour progresser dans la rivière et à l’inverse d’éviter au maximum les courants parasites. Le modèle permet de visualiser à l’avance ces phénomènes et de trouver la meilleure configuration possible.

Il permettra également de simuler le déplacement des sédiments à proximité du nouveau Poutès et d'étudier leur influence sur l'exploitation du nouveau Poutès.

Le planning prévisionnel des travaux

Ce projet ambitieux se met en place en plusieurs phases et, quelques années après l’accord du Gouvernement pour le réaliser, des étapes administratives importantes ont été franchies et d’autres sont encore en cours.

Première étape : la demande de renouvellement de concession

Le préfet de la Haute-Loire a demandé à EDF la mise à jour du dossier de renouvellement de concession déposé initialement en 2002. Le dossier a été construit autour de l’analyse des impacts du barrage existant et présente de manière sommaire les grands principes fondateurs du futur aménagement modifié. Le dossier s’attache aux fonctionnalités du futur ouvrage (libre circulation des poissons et sédiments notamment) et peu à son design précis.

Ce dossier, déposé en avril 2013, a été instruit par l’État. L’enquête publique s’est achevée en février 2015. La commission d’enquête à rendu un avis favorable en soulignant la qualité du travail de co-construction qui est la caractéristique forte de ce projet. Les 26 communes amenées à délibérer sur le projet se sont prononcées de manière favorable. Cette dernière étape a permis la signature d’un arrêté préfectoral le 22 juillet 2015 qui a officialisé le renouvellement d’attribution à EDF de la concession pour 50 ans.

Deuxième étape : le dossier d’exécution

Suite au renouvellement de concession attribué par l’État, un dossier d’exécution sera déposé en 2015 auprès de la DREAL Auvergne qui est le service instructeur. Ce dossier traitera du nouvel aménagement dans le détail et explicitera l’ensemble des modes opératoire de sa construction.

Ce dossier d’exécution fera lui aussi l’objet d’une instruction par les services de l’État et d’un processus d’enquête publique. Il permettra de valider la nature des travaux à réaliser et la manière dont ils vont être réalisés. A l’issu un arrêté préfectoral valant autorisation de travaux sera pris.

Troisième étape : la réalisation

À l’issu de ces procédures administratives et une fois les autorisations nécessaires aux travaux obtenues, la phase de réalisation des travaux s’engagera. Ils devraient débuter courant 2016 et s’étaleront sur 3 ans.

 

Barrage de Poutès, aujourd’hui
Barrage de Poutès, aujourd’hui
Le nouveau Poutès, une fois le projet réalisé
Le nouveau Poutès, une fois le projet réalisé